L’attrait du Maroc, avec sa culture vibrante et ses traditions millénaires, a toujours fasciné les visiteurs d’horizons lointains. En 1889, l’auteure et illustratrice britannique Mary Eliza Haweis, célèbre pour ses ouvrages destinés principalement à un public féminin, a effectué un voyage qui allait marquer son esprit et enrichir sa perception d’un pays à l’identité forte et singulière. Son témoignage, relayé la même année dans plusieurs journaux britanniques et américains comme le The Pall Mall Gazette, offre un aperçu précieux de ses impressions, notamment lors d’un mariage au Maroc qui la laissa littéralement stupéfiée et émerveillée.
Le Spectacle d’un Mariage Marocain
Ce qui frappa le plus Mary Eliza Haweis fut sans conteste le mariage auquel elle eut la chance d’assister. Elle y découvrit un portrait vivant de la mariée, un tableau de grâce et de tradition. Son regard aiguisé de chroniqueuse et d’artiste ne manqua pas de noter chaque détail de cette scène emblématique.
Elle exprima son admiration sans réserve : « J’admire et j’apprécie toute la vie extérieure de ces gens du Maroc, leurs vêtements, leur musique, leurs manières composées et gracieuses, leur beauté, leur architecture, ainsi que leur thé. » Cette observation, loin d’être anecdotique, révèle une profonde reconnaissance de la richesse culturelle marocaine, perçue dans sa globalité et son authenticité.
L’Élégance de la Mariée : Un Chef-d’œuvre de Symboles
La mariée, au centre de toutes les attentions, incarnait cette beauté et cette grâce. Mary Eliza Haweis s’attarda sur les éléments distinctifs de son ornementation. Avec la délicatesse de son crayon, elle a figé sur le papier l’éclat de chaque ornement, chaque pli de tissu, chaque nuance de son visage, nous offrant ainsi une fenêtre intime sur la splendeur de cette tradition marocaine.

- Les motifs triangulaires : Sur les joues de la mariée, de petits points étaient disposés en forme triangulaire. Ce triangle stylisé encadrait chaque pommette avec une symétrie délicate, ajoutant au visage de la mariée une touche d’élégance typique des mariages marocains. C’est une tradition qui demeure présente, un signe de continuité culturelle à travers les âges.
- La
cheddatraditionnelle : La mariée portait une chedda traditionnelle, un ornement de tête emblématique du Maroc. Il en existe plusieurs variantes régionales distinctes, comme la chedda rbatia, la slawia, la meknassia et la fassya. Celle observée par Mary Eliza Haweis, la chedda chamalya, est un élément décoratif qui, encore aujourd’hui, conserve son importance avec des variantes selon les régions du Maroc. Cette coiffe traditionnelle est un pilier de l’habillement de cérémonie, témoignant de l’héritage vestimentaire du pays. - Les boucles d’oreilles : De larges et imposantes boucles d’oreilles venaient compléter son ensemble, contribuant à l’opulence et à la majesté de l’apparence générale.
- La coiffure : Les cheveux de la mariée étaient coiffés avec une précision remarquable, tressés ou ramenés en une coiffure cérémoniale, parfois agrémentés de fils dorés ou de perles, suivant les coutumes régionales. Chaque élément de cette coiffure est le fruit d’un savoir-faire et d’une esthétique typiquement marocaine.
- Le
chmarou letekhmal: Mary Eliza Haweis nota également l’importance duchmaroutekhmal. Ces éléments de vêtement ornemental, pouvant prendre la forme de ceintures sculptées, de pièces métalliques décoratives ou de motifs tissés ajoutés au vêtement, étaient souvent placés au niveau du dos. Leur fonction allait au-delà de l’esthétique ; ils contribuaient à mettre en valeur la posture de la mariée et à lui conférer une noblesse de port, incarnant l’élégance et la dignité propres aux femmes marocaines.
Mary Eliza Haweis : Un Regard Précurseur
Née en 1848 et décédée en 1898, Mary Eliza Haweis était une figure notable de son temps. Fille d’un père qui l’initia très tôt à l’art, elle exposa pour la première fois à la Royal Academy dès l’âge de 18 ans, en 1866. Son travail d’auteure-illustratrice, souvent adressé à un public féminin, cherchait notamment à moderniser la langue de Chaucer pour rendre les célèbres Contes de Canterbury accessibles à un plus large public à la fin du XIXe siècle. Ses illustrations de divers contes, qu’ils soient de l’époque médiévale ou de style préraphaélite, ne sont pas datées. Son témoignage sur le Maroc est donc d’autant plus précieux qu’il est issu d’une observatrice aiguisée, soucieuse de la précision des détails et de la richesse des cultures.
Sources et Références :
- Mary Eliza Haweis et sa visite au Maroc en 1889 / The Pall Mall Gazette.
- Informations biographiques générales sur Mary Eliza Haweis.