Dix chevaux, des tapis, des étoffes de brocart, des armes, des harnachements, du cuir, de la soie. Au printemps 1878, le sultan Moulay Hassan fait porter tout cela jusqu’à l’empereur Guillaume premier. Onze ans plus tard, c’est l’empereur Guillaume deux , son petit-fils, qui expose ces cadeaux à son peuple, dans son musée de Berlin, et un journal allemand de l’époque leur consacre un article entier.
La trace écrite de ses cadeaux apparaît dans la revue des collections royales prussiennes. Le Jahrbuch der Königlich Preussischen Kunstsammlungen est l’organe savant des musées de l’empereur : fondé en 1880, il publie chaque année l’inventaire complet de tout ce qui entre dans les collections royales : achats, fouilles, dons, legs, cadeaux diplomatiques. Son volume X, consacré à l’année 1889, consigne les cadeaux du Maroc dans sa section des rapports officiels. La notice rédigée pour l’occasion se lit ainsi : « Les cadeaux de Sa Majesté le sultan du Maroc à Leurs Majestés Impériales l’empereur et l’impératrice, composés de tapis, d’étoffes de brocart, d’armes, de harnachements de chevaux, d’objets de métal, de cuir et de soie. »

L’empereur en fait l’objet d’une exposition publique. Le Kunstgewerbemuseum de Berlin — musée des arts décoratifs fondé en 1872 — monte, sur ordre personnel du souverain, sa vingt-septième exposition spéciale, du 2 avril au 22 juin 1889. La notice est rédigée par le directeur du musée, Julius Lessing, premier historien des tapis orientaux et fondateur de la discipline. Les cadeaux du sultan du Maroc sont exposés au public de la capitale, catalogués par la principale autorité allemande en arts décoratifs. Le rapport officiel des musées royaux daté du 1er avril 1889 annonce l’ouverture ; la presse spécialisée du commerce et de la géographie consacre un article à l’événement dans son numéro 21 de la même année.
L’histoire de l’ambassade elle-même est fixée par l’historien Pierre Guillen. Dans L’Allemagne et le Maroc de 1870 à 1905 (PUF, 1967), écrit d’après les archives du ministère allemand des Affaires étrangères, des légations de Tanger et de Casablanca et des ministères français et autrichien, il établit que la délégation arrivée à Berlin en mai 1878 apportait dix chevaux comme cadeaux pour l’empereur, qu’elle y restait un mois, et que l’éclat de ses réceptions inquiétait les puissances voisines. Les dix chevaux de Guillen complètent la notice du Jahrbuch.

Le destin des pièces suit celui des collections prussiennes, divisées au XXe siècle. Les tapis et étoffes relèvent du périmètre du Museum für Islamische Kunst et du Kunstgewerbemuseum, musées d’État de Berlin ; la base SMB-digital recense leurs fonds avec les mentions de provenance. Le dossier diplomatique de l’ambassade se consulte aux Archives politiques du ministère allemand des Affaires étrangères, à Berlin.
SOURCES
- Jahrbuch der Königlich Preussischen Kunstsammlungen : Jahrbuch der Königlich Preussischen Kunstsammlungen : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive
- Pierre Guillen – 1967