Le Caftan : Itinéraire d’un chef-d’œuvre vestimentaire marocain
Il est des vêtements qui ne sont que des parures. D’autres sont des récits. Le caftan, lui, est une épopée. Loin d’être une simple robe, aussi somptueuse soit-elle, il est le fil d’or qui tisse l’histoire complexe et raffinée du Maroc. Depuis son apparition sous la dynastie almohade jusqu’à son sacre sur les podiums de la haute couture, cette silhouette longue et fluide a traversé les siècles, non comme une relique, mais comme une force vive.
Aux sources d’une élégance dynastique
L’histoire documentée du caftan prend racine au cœur du Maroc, sous le règne de la dynastie almohade qui, aux XIIe et XIIIe siècles, fit de Marrakech sa capitale rayonnante. Des témoignages historiques précis attestent de la place centrale de ce vêtement. Au milieu du XIIIe siècle, des émissaires du royaume de Castille décrivent leur rencontre avec le sultan almohade Al-Murtaḍā, paré d’un caftan aux manches amples et au col magnifiquement rehaussé de broderies. Cette vision, immortalisée dans les enluminures de l’époque, dresse le portrait d’une tenue déjà codifiée, intrinsèquement liée à l’apparat du pouvoir et à la majesté de la cour marocaine.

Marqueur de rang et symbole de faste, le caftan incarnait la richesse des élites. L’usage d’étoffes nobles et de fils d’or exigeait une virtuosité artisanale qui transformait le vêtement en œuvre d’art, miroir de la grandeur de la cour.
L’écrivain espagnol Manuel L. Ortega évoque le caftan à l’époque almohade dans son ouvrage « Los hebreos en Marruecos: estudio histórico, político y social ». Le sultan Abou Youssouf, qui ne persécutait pas les Juifs et reconnaissait officiellement leur présence dans l’Empire, décréta vers la fin de son règne que les Juifs convertis devaient porter un vêtement distinctif afin de les différencier des croyants d’origine.

Ce vêtement était bleu, avec des manches très larges et très longues tombant jusqu’aux pieds, et au lieu de turbans, ils devaient porter des voiles grossiers et épais.
Par la suite, le successeur du sultan Abou Youssouf modifia ces règles vestimentaires, permettant aux Juifs et aux nouveaux convertis de porter des turbans et des caftans jaunes.
Le portrait de l’ambassadeur marocain Mohamed Ben Haddou, auprès de Charles II (1681-1682), peint par Susan Penelope Rosse (1652-1700). Il est vêtu d’un caftan (Sfifa+Akaad). Sur son épaule repose un burnous ou selham doré, et il tient une « nimcha », un sabre marocain.

Le portrait de l’amiral Abdelkader Perez, ambassadeur du Maroc en Angleterre, réalisé dans l’atelier de Michael Dahl (vers 1724), le montre également vêtu d’un caftan marocain traditionnel, attestant de la continuité de cet habit au fil des siècles.

Artsy © Michael Dahl et son atelier

Une origine marocaine textuellement avérée
L’ancrage géographique et culturel du caftan est scellé par des sources lexicales et descriptives qui ne laissent place à aucune équivoque. Le dictionnaire franco-berbère d’Edmond Destaing, publié en 1914, définit le caftan comme un vêtement « ordinairement en soie, d’origine marocaine ». Cette précision, lapidaire et factuelle, confirme une provenance reconnue de longue date.

De l’autre côté de l’Atlantique, des décennies plus tard, Marc McCutcheon, dans son « Descriptionary: A Thematic Dictionary », le décrit comme « une robe longue, avec des broderies autour de l’encolure, un design marocain ».

Cette vérité historique est réaffirmée par Deirdre Clancy dans son étude majeure Historical Dress from Couture to Street Style : « Le caftan est un vêtement d’origine marocaine ». Une définition sans équivoque qui vient sceller l’unanimité des spécialistes à travers les époques.

La Mansouria – L’ère saadienne
Sous la dynastie saadienne, au XVIᵉ siècle, le caftan poursuit son évolution. Le sultan Ahmed al-Mansour introduit alors une innovation majeure : la mansouria, une seconde pièce en tissu blanc et diaphane portée par-dessus le caftan.
Cette superposition attestée dès 1579, apporte une nouvelle dimension de raffinement et deviendra l’un des marqueurs essentiels de l’élégance marocaine.

Les femmes marocaines développeront au fil du temps cette tenue en multipliant les pièces superposées, parfois jusqu’à deux, trois ou même cinq couches distinctes, donnant ainsi naissance à une autre forme plus élaborée : la tekchita.
L’artisanat comme âme du vêtement
Ce qui confère au caftan son caractère unique, c’est la richesse de ses ornements, fruit d’un savoir-faire ancestral. Les boutons sphériques (`Akaad`), les galons tressés (`sfifa`) et les broderies complexes sont l’âme même de cette tenue, chaque détail témoignant de la virtuosité des maîtres artisans marocains. La `sfifa`, cette bande tressée de soie, de fils d’or ou d’argent, qui borde les ouvertures du vêtement, est un exercice de patience et de précision extrêmes. Les `akaad`, alignés le long de la `sfifa`, ne sont pas de simples attaches mais de véritables bijoux textiles, noués et façonnés à la main.

Sefrou, la cité des boutons-cerises
L’art des Akaad trouve à Sefrou une résonance toute particulière. C’est dans cette ville pittoresque que les femmes perpétuent ce savoir-faire, façonnant des boutons dont la forme rappelle parfois l’emblème local : la cerise.
Cette fusion entre l’artisanat et la nature est célébrée depuis 1920 lors du Festival des Cerises, classé au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Point d’orgue de l’événement, le couronnement de la Reine offre une vitrine spectaculaire à cet héritage : les candidates y défilent parées de majestueux Caftans, Tekchitas et Mansourias. À travers ces tenues aux couleurs chatoyantes et aux broderies raffinées, c’est tout le talent des artisanes qui est mis à l’honneur.

Le caftan marocain a tellement marqué l’imaginaire collectif qu’il s’est même invité dans l’univers scolaire. Dès le début du XXᵉ siècle, des autocollants pédagogiques, des albums éducatifs et des publications pour enfants représentant les “costumes du monde” incluaient la figure de la Marocaine vêtue de son caftan traditionnel. Cette présence témoigne de l’importance culturelle et visuelle de ce vêtement, perçu comme l’un des symboles les plus reconnaissables du Maroc, au point de devenir une référence dans le matériel scolaire destiné à faire découvrir les cultures du monde.

Un patrimoine reconnu et documenté
La valeur culturelle du caftan a été officiellement consacrée par des instances internationales. L’Organisation du Monde Islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture (ICESCO) a inscrit le caftan comme un art ancestral marocain, une reconnaissance qui protège son histoire et assure sa transmission. Cette désignation vient renforcer des siècles de témoignages écrits. Déjà en 1573, l’écrivain espagnol Luis del Mármol Carvajal, dans sa « Description de l’Afrique », décrivait les habitants du royaume de Maroc portant :
des vêtements longs, en tissu coloré, bordées jusqu’aux pieds, avec de petites pièces coupées en pointe, semblables à des demi-losanges.
Cette description évoque avec une précision étonnante la broderie distinctive « Khanjar », un motif qui orne encore certains caftans aujourd’hui.


L’élégance marocaine au XVIIe siècle :
Le témoignage d’Olfert Dapper
Dans son œuvre monumentale Description de l’Afrique (1670), le géographe Olfert Dapper (1636 -1689) nous livre une analyse vestimentaire d’une précision rare, basée sur l’observation des ambassadeurs marocains reçus en Europe, notamment Ibrahim Manino.
Le texte s’attarde longuement sur la pièce maîtresse du costume : le Hayk (parfois orthographié Haïk ou Kissa). Dapper le décrit comme une étoffe tissée de laine blanche, si fine qu’elle en est presque transparente. D’une dimension impressionnante, environ six aunes de long, ce vêtement est présenté comme un habit unisexe, commun aux hommes et aux femmes, bien que la manière de le draper diffère selon le sexe.
Mais Dapper ne s’arrête pas à l’apparence extérieure ; il détaille la superposition sophistiquée des vêtements :

- En dessous : L’homme porte un habit de drap appelé Kafetan (une transcription ancienne du Caftan).
- Au-dessus : Le buste est couvert par une tunique caractérisée par ses demi-manches, nommée Ferezsya (la Farajiya).
- Les accessoires : La tête est couverte d’un bonnet de laine, et pour se protéger des intempéries, le texte mentionne l’usage du Bornoz (Burnous), une cape munie d’un capuchon.

Le témoignage François Pidou de Saint-Olon
Dans ses observations, l’ambassadeur François Pidou de Saint-Olon (1640-1720) livre une description précise du costume masculin marocain du XVIIᵉ siècle dans son ouvrage Relation de l’Empire de Maroc, où l’on voit la situation du pays, les mœurs, coutumes…, publié en 1695.
La base de la tenue se compose d’une chemise courte à manches larges, souvent retroussées en été pour laisser les bras nus, portée sur un caleçon de toile s’arrêtant aux genoux.
Le texte s’attarde particulièrement sur les chaussures : des « souliers ou pantoufles » sans talons appelés Babouches. Un détail distinctif est noté pour l’élite religieuse : les Marabouts et les Talebs portent des babouches ornées d’une découpe spécifique en forme de « Fleur de Lys » sur le dessus, marque unique qui permet de les reconnaître. Enfin, pour compléter cette allure, les hommes revêtent par-dessus leur chemise le célèbre Caftan (écrit ici Cafetan), décrit comme une veste de drap, parfois sans manches, dont la couleur varie selon le goût de chacun.

Plus tard, les récits d’explorateurs européens corroborent l’omniprésence du caftan dans la société marocaine. Le Danois Georg Hjersing Høst, en visite entre 1760 et 1768, note qu’un marchand se distingue par « un beau caftan et par-dessus une large ceinture de soie ». En 1787, le Français Marie-Joseph Blaise de Chénier admire les caftans féminins « richement brodés d’ors». Ces regards étrangers confirment non seulement l’ancienneté du caftan, mais aussi son rôle de marqueur social et l’excellence déjà reconnue de son artisanat.


« Don Sebastian » par Miss Anna Maria Porter.
Inspiré d’un fait historique réel, la mystérieuse disparition du roi Sébastien du Portugal lors de la bataille de Ksar El Kebir en 1578, au Maroc, ce roman historique publié en 1820 a contribué à populariser le genre en plongeant les lecteurs dans un monde d’aventures palpitantes, de passions intenses et d’intrigues politiques complexes.
Dans The Real History of the Caftan, Anna Maria Porter recrée magistralement l’atmosphère de l’époque, décrivant avec précision les bouleversements politiques et les conflits, ainsi que des aspects de la vie quotidienne au Portugal et au Maroc, notamment à travers les costumes traditionnels. Par exemple, une scène met en avant une dame richement vêtue à la mode marocaine, portant un caftan et un turban somptueusement brodés de soies colorées et de pierres précieuses.


Les peintres qui se sont intéressés au Maroc ont souvent contribué à immortaliser le caftan marocain, en révélant à travers leurs œuvres la finesse de ses broderies, la richesse de ses couleurs et la noblesse de ses étoffes. Jean François Portaels a su saisir avec délicatesse l’élégance des femmes marocaines en caftan, donnant à ce vêtement une présence artistique forte et intemporelle.





De son côté, Josep Tapiró i Baró, installé longtemps à Tanger, a peint avec une minutie remarquable les visages et les tenues traditionnelles, faisant du caftan l’un des éléments centraux de ses portraits aux couleurs éclatantes.




Fès, berceau de l’excellence textile
La ville impériale de Fès, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, fut le cœur battant de cet art textile. Dès l’époque almohade, elle comptait près de trois mille ateliers de tissage, une concentration de savoir-faire qui a permis de développer une tradition de broderie et de confection inégalée. C’est dans ce creuset d’expertise que le caftan a pu atteindre des sommets de sophistication.
Dans son récit de voyage publié en 1859, l’écrivain espagnol Pedro Antonio de Alarcón décrit un poète marocain, Chorbi, saisi dans un moment d’intense concentration. Le poète est vêtu d’un caftan marocain, sur lequel repose un selham drapé avec élégance. Assis devant une table en bois finement ouvragée, il écrit avec calme et dignité, incarnant à la fois le raffinement vestimentaire et la profondeur intellectuelle du Maroc du XIXᵉ siècle.

Voici la description de la ville impériale de Fès dans le livre de l’écrivain, journaliste, poète et nouvelliste italien Edmondo De Amicis :
« Sous la domination de la dynastie almohade, la ville comptait trente faubourgs, huit cents mosquées, quatre-vingt-dix mille maisons, dix mille boutiques, quatre-vingt-six portes, de vastes hôpitaux, de splendides bains, une immense bibliothèque riche de précieux manuscrits grecs et latins, ainsi que des écoles de philosophie, de physique, d’astronomie et de langues qui attiraient des savants et des lettrés venus de toute l’Europe et du Levant. On l’appelait “l’Athènes de l’Afrique”, et elle accueillait simultanément une foire permanente où affluaient les marchandises de trois continents.«

Les racines de cette maîtrise sont encore plus profondes. Des écrits du XIe siècle, ceux d’Abi Qasim Baghdadi Tamimi, mentionnent déjà les « Anta Mudhahhaba Maghribia », des « tapis marocains brodés d’or ». Ces textes, traduits et analysés bien plus tard par l’Université du Michigan, attestent de l’existence d’une tradition marocaine de l’orfèvrerie textile bien avant l’apogée du caftan, prouvant que ce dernier est l’héritier direct d’une expertise séculaire.


Dans les années 30, des écoles d’art américaines étudiaient la broderie marocaine « Ntaa & Mejboud » avec ses motifs de paon et de vase. Cette broderie servait de référence pour enseigner la composition, la couleur et la géométrie.
En 1937, Theodore Dillaway, directeur de l’Éducation artistique des écoles publiques de Philadelphie, publie à New York un manuel pour enseignants : « Art Instructors Texts ». Il y consacre une analyse détaillée à la broderie du paon et du vase marocaine conservée au MET.

Cette étude porte le titre “Moroccan Embroidery (Peacock and Vase Motif)”. Dillaway examine la broderie avec un regard 100 % technique : composition, géométrie, couleurs, répétition des unités… sans jamais sortir de l’analyse textile.

Dillaway observe également des arbres stylisés, qui servent de “pont visuel” et unifient la frise.

Le chapitre se finit par des questions pédagogiques : analyser le rythme, la stylisation, la relation fond/décor, la répartition des unités… La broderie marocaine devient un outil pour enseigner les bases du design textile.


Source : African costumes and textiles from the Berbers to the Zulus, Magliani, Mauro; Bouttiaux, Anne-Marie; Sorber, Frieda; Cutsem, Anne van; Mack, John, 2008
En 1922, l’illustrateur Jean Hainaut réalise une série de planches consacrées au vêtement marocain. Installé jeune à Rabat, où il enseigna le dessin, Hainaut s’impliqua dans la vie artistique locale et collabora régulièrement à des publications savantes, notamment la revue Hespéris. Son approche, méthodique et précise, s’apparente à celle d’un architecte : il observe, décrit et restitue avec rigueur les formes et les usages.

Collection « Almoravido »
Dans ces planches, il déconstruit le vestiaire citadin masculin en représentant chaque pièce à plat, ce qui en révèle la logique interne. L’ensemble fonctionne comme un guide technique, montrant comment les habits s’assemblent, se superposent et structurent la silhouette.

Les dessins portent sur plusieurs vêtements traditionnels marocains, tels que la farajiya, le tchamir, la foukia, le caftan, la bediia, la jellaba ou le jabador.

Un siècle plus tard, ces planches offrent un témoignage précieux sur la logique de superposition et l’élégance géométrique du costume marocain traditionnel, un système vestimentaire dont les grandes lignes sont restées remarquablement stables.


Le Caftan Khrib : Signature monumentale de la maison Benchérif

Le Motif : C’est la signature du Khrib. On observe un motif répétitif et hypnotique composé de médaillons ovales (parfois appelés « bourses ») contenant des bouquets de fleurs (roses rouges et feuillage vert).
La Texture : Le fond du tissu n’est pas lisse ; il présente un tissage texturé (type nid d’abeille ou géométrique fin) qui donne du relief à la matière et fait ressortir les bouquets colorés.
Son nom en dit long sur sa valeur. « Khrib » dérive de la racine Kharreb (détruire, ruiner). Pourquoi ? Parce qu’historiquement, ce tissu était si complexe à tisser, si gourmand en fils de soie pure et en fils d’or véritable, que son achat pouvait littéralement « ruiner la bourse » du père ou du mari qui l’offrait à la mariée. Posséder un caftan en Khrib, c’était afficher une richesse absolue.

La famille Bencherif, maîtres tisserands de Fès, a élevé le Khrib au rang d’art. Le tissage est d’une densité incroyable (le caftan est lourd). L’envers du tissu est aussi propre que l’endroit (signe de haute qualité).
La couleur résiste aux siècles. Ce jaune ne fane pas, car la teinture de la soie et la qualité du fil métallique étaient irréprochables.
1920 : L’année où le Maroc a réinventé la mode française
Le pouvoir de fascination du caftan marocain a depuis longtemps franchi les frontières pour inspirer les plus grands noms de la mode. De Paul Poiret à Yves Saint Laurent, en passant par Dior et Balmain, les couturiers les plus influents ont puisé dans son vocabulaire esthétique, reconnaissant son statut d’icône intemporelle.
Dès 1919, Paul Poiret, de retour d’un séjour au Maroc, bouleverse la mode parisienne. Le « New York Herald » rapporte que le couturier « a puisé son inspiration pour de nouvelles tenues au Maroc ».

Daté du 29 février 1920, cet extrait du Dayton Daily News identifie l’« influence marocaine » comme la nouveauté majeure de la mode de l’époque. L’article souligne que si Paul Poiret fut le premier à saisir ce potentiel, le mouvement s’étend désormais aux experts techniques, citant le maître tisserand Rodier parti chercher l’inspiration directement sur place (« gone to Morocco for suggestions »). Ce document confirme qu’au début de la décennie, l’élite de la création parisienne puisait à la source du savoir-faire marocain pour renouveler ses codes esthétiques.

Cet extrait du New York Herald de 1920 illustre comment, à l’aube des Années folles, la mode française a cherché à rompre avec l’austérité des vêtements ternes (« dull brown worsted ») en se tournant vers le Maroc. L’article met en lumière l’inspiration majeure que le Maroc a soufflée à la France, notamment grâce à la précision de ses broderies (« sharply designed ») et à l’usage de couleurs uniques décrites comme « sourdes mais éclatantes ». C’est la preuve que le savoir-faire marocain redéfinissait déjà l’élégance occidentale il y a plus d’un siècle.


L’Élégance Diplomatique : L’Odyssée Occidentale du Caftan marocain (1940-1980)
Si la mode est un langage, le caftan marocain en est l’une des expressions les plus éloquentes, une prose textile qui a su traverser les océans pour venir murmurer à l’oreille de l’Occident des récits de noblesse et de raffinement.
L’analyse des archives de presse du siècle dernier nous permet de retracer cette métamorphose, où le savoir-faire marocain a conquis les salons de la haute société américaine.

Les Prémices : De la Curiosité à l’Objet d’Art (1949-1959)
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le regard de l’Amérique se tourne vers de nouveaux horizons. Les premières apparitions du caftan dans la presse américaine sont teintées d’une fascination pour l’artisanat d’exception. Il ne s’agit pas encore d’une démocratisation, mais d’une découverte réservée à une élite voyageuse ou connectée aux cercles diplomatiques.

Source : Santa Barbara News-Press Sun, 30 Oct 1949 ·Page 14
Cette période se caractérise par une appréciation technique de l’objet. On ne porte pas simplement un caftan ; on expose un artefact culturel. Les foires internationales jouent un rôle crucial dans cette introduction. À Chicago, au cœur du Midwest, ces textiles précieux sont présentés comme des trésors d’importation, rivalisant avec les porcelaines et les argenteries.

Source : The Times-Transcript Wed, 02 Aug 1950 ·Page 10
La décennie 50 voit le caftan s’insinuer doucement dans l’intimité des foyers aisés. Il quitte les estrades d’exposition pour devenir une tenue d’intérieur synonyme de confort luxueux. La soie et le fil d’or ne sont plus uniquement destinés aux cérémonies officielles du Royaume, mais habillent les soirées privées de l’élite de Portland ou de Montréal.

Source : The Oregon Daily Journal Mon, 09 Feb 1953 ·Page 13

Source : The Montreal Star Sat, 19 Jan 1957 ·Page 25
La présence militaire américaine au Maroc durant cette époque a également agi comme un puissant vecteur de transfert culturel. Les épouses d’officiers, fascinées par l’art de vivre local, sont devenues les premières ambassadrices de ce style, rapportant dans leurs valises non seulement des souvenirs, mais une nouvelle esthétique.

Source : The Morning Union Sun, 02 Nov 1958 ·Page 86
Si la figure de gauche, Edna Taylor, apparaît voilée, c’est la tenue de Mme Scottie Perry, à droite au micro, qui retient l’attention. Elle porte un riche caftan aux motifs brodés, mais surtout, elle démontre l’utilité architecturale du Tehmal (chmar ou tekhmal). On distingue nettement que ses larges manches ne pendent pas : elles sont relevées et maintenues en arrière, libérant ses avant-bras et ses mains pour tenir le lutrin. Les plis profonds formés au niveau des coudes trahissent la tension exercée par l’écheveau de soie noué dans son dos, confirmant que cet accessoire était indissociable du port élégant du caftan, même lors d’une présentation à l’étranger à la fin des années 50.

Source : Transcript-Telegram Wed, 22 Oct 1958 ·Page 2
Olga Bennett, collectionneuse et voyageuse, résume peut-être le mieux cet esprit. Entourée de ses objets d’art, vêtue de son caftan, elle ne porte pas un simple vêtement, mais une mémoire.

Source :Pittsburgh Post-Gazette Fri, 24 Oct 1969 ·Page 19
L’Âge d’Or Diplomatique et Mondain (1960-1969)
Le tournant des années 60 marque une rupture. Le caftan n’est plus un souvenir ; il devient un acteur de la diplomatie et un incontournable de la garde-robe mondaine. La distinction se fait plus nette entre la pièce importée authentique et ses adaptations occidentales. C’est l’ère où le vêtement acquiert ses lettres de noblesse politique.
Les connexions personnelles et les mariages transatlantiques accélèrent cette intégration. Le vêtement devient un cadeau de grande valeur, un trousseau qui traverse les frontières.

Source : Abilene Reporter-News Thu, 20 Oct 1960 ·Page 21

Source : Fort Worth Star-Telegram Mon, 05 Dec 1960 ·Page 18
Cependant, c’est dans les cercles diplomatiques que le caftan brille avec le plus d’éclat. Il devient l’uniforme de la distinction pour les représentantes du Royaume à l’étranger, fascinant leurs homologues occidentales par la complexité des passementeries et la noblesse des velours.

Source : The Central New Jersey Home News Fri, 13 Jan 1967 ·Page 12

Source : The Saginaw News Sun, 14 Mar 1971 ·Page 34
L’influence est telle que le caftan franchit les portes de la Maison Blanche. Il n’est plus « externe » à la mode américaine, il en devient un sommet.

Source : Tampa Bay Times Sun, 19 Feb 1967 ·Page 81
Parallèlement, la société civile s’empare du phénomène. Les soirées à thème se multiplient, mais avec un souci d’authenticité grandissant. Les Américaines cherchent « le vrai » caftan, celui qui porte la main de l’artisan de Fès.

Source : The Cincinnati Post Tue, 25 Oct 1966 ·Page 21

Source : The Morning Union Mon, 19 Sept 1966 ·Page 7

Source : The Bangor Daily News Fri, 01 Nov 1963 ·Page 6
Cette période voit aussi des figures religieuses ou associatives adopter le vêtement pour raconter leur expérience du pays, ajoutant une dimension narrative au textile.

Source : Spokane Chronicle Fri, 17 Nov 1961 ·Page 18
L’Essor Commercial et la Consécration Mode (1967-1980)
La fin des années 60 et le début des années 70 marquent l’industrialisation relative et la commercialisation du style. Le caftan inspire les créateurs et les grands magasins. Il devient une silhouette de mode à part entière, reproduite, adaptée, et vendue.
L’Exposition Universelle de Montréal en 1967 agit comme une vitrine spectaculaire, propulsant l’esthétique marocaine sur la scène mondiale.

Source : The Montreal Star Thu, 01 Jun 1967 ·Page 52
Quelques Photos de l’Expo 67 de Montréal








Le commerce de détail emboîte le pas. De Londres au Texas, les grands magasins organisent des quinzaines commerciales dédiées, et les publicités vantent le confort et le rafinement de ces tenues.

Source : Evening Standard Thu, 20 Apr 1967 ·Page 16

Source : Courier-Post Tue, 27 Jun 1967 ·Page 12
La démocratisation se lit dans les prix et les matières. Si les pièces de soie restent l’apanage des salons diplomatiques, le coton et les matières synthétiques permettent une diffusion plus large.

Source : Chicago Tribune Mon, 02 Sept 1968 ·Page 46
Pourtant, malgré cette production de masse, la fascination pour le « fait-main » demeure. La presse continue de valoriser le temps long de la création artisanale, seul garant de la véritable élégance.

Source : Tampa Bay Times Tue, 24 Sept 1968 ·Page 18
Une muse pour la haute couture mondiale

Source : Mrs. Benhima in a contemporary caftan of blond velvet, The Republican Fri, 02 Aug 1968 ·Page 17
Les années 70 voient une sophistication accrue des coupes. On s’éloigne de la forme tunique simple pour aller vers des structures plus complexes, des ensembles deux-pièces, dignes des plus grandes maisons de couture.

Source : Lexington Herald-Leader Wed, 23 Dec 1970 ·Page 14
L’Ascension Fulgurante du Caftan dans la Haute Société (1960-1980)
Au début des années soixante, le caftan apparaît d’abord comme un trésor rapporté de voyage, une curiosité textile qui témoigne d’un goût certain pour l’exotisme raffiné. Il n’est pas encore un standard de la mode, mais un signe de distinction pour celles qui osent.

Source : St. Louis Globe-Democrat Mon, 18 Nov 1963 ·Page 17
Les premières à l’adopter sont souvent des femmes de caractère, des voyageuses ou des épouses de diplomates qui perçoivent dans la coupe ample et la noblesse des tissus une alternative sophistiquée à la robe de soirée traditionnelle. La silhouette se libère. Là où la mode occidentale cintrait encore la taille, le caftan propose une majesté verticale.

Source : The Cleveland Press Fri, 06 Dec 1963 ·Page 24
C’est une période de découverte. On apprend à porter ces pièces, on apprivoise leurs volumes. Susan Anderson, photographiée en 1964, illustre parfaitement cette appropriation précoce, où le motif floral dense du tissu s’invite dans la garde-robe américaine avec une audace charmante.

Source : The Atlanta Journal Mon, 12 Oct 1964 ·Page 26
L’Axe Marrakech-Paris : La Consécration Couture
Si le caftan a séduit les voyageuses, c’est la Haute Couture qui l’a propulsé au rang d’icône. La fin des années soixante marque un tournant décisif. Marrakech devient l’épicentre d’une créativité débridée, attirant comme un aimant les esthètes parisiens. Yves Saint Laurent, Pierre Balmain, Marc Bohan : tous succombent à l’atmosphère vibrante de la ville rouge.

Source :The Philadelphia Inquirer Wed, 27 Aug 1969 ·Page 29
En 1969, Mobil Oil Maroc, filiale d’ExxonMobil, publie un calendrier publicitaire mêlant son identité industrielle, symbolisée par le Pégase rouge et une riche galerie d’illustrations de la culture vestimentaire marocaine. Les planches mettent en valeur caftans brodés, jellabas voilées, bijoux sahariens en argent et ambre, coiffures traditionnelles et tatouages tribaux.

L’héritage vivant et l’hommage d’Yves Saint Laurent
Le lien le plus emblématique reste celui tissé entre le caftan et Yves Saint Laurent. Tombé éperdument amoureux du Maroc en 1966, le couturier y a trouvé une source d’inspiration inépuisable. « Cette ville m’a appris la couleur », confiera-t-il à propos de Marrakech. Il a su, mieux que quiconque, transposer la fluidité, les couleurs vibrantes et la majesté du caftan dans ses propres créations, lui offrant une consécration définitive sur la scène de la haute couture.

Des expositions prestigieuses ont célébré cet héritage, présentant des caftans marocains historiques aux côtés des créations de Saint Laurent qu’ils ont manifestement inspirées, révélant au monde un « patrimoine national important et vivant ».

L’Art de Recevoir : Une Esthétique de la Convivialité
Le caftan ne se limite pas à l’apparat ; il incarne un art de vivre. À la fin des années soixante, les hôtesses les plus en vue ne se contentent plus de porter la robe ; elles adoptent le rituel qui l’accompagne. Les dîners se transforment. On abandonne la rigidité de la table victorienne pour des assises basses, des coussins, et une cuisine que l’on ose parfois déguster du bout des doigts.

Source : Carlisle and Cumberland Journal Fri, 22 Mar 1968 ·Page 21
Le caftan devient alors le compagnon idéal de l’art de recevoir. Il n’est plus seulement un vêtement, il est une atmosphère.

Source : The Indianapolis News Wed, 11 Jul 1979 ·Page 25
L’engouement est tel que les associations caritatives et les galas mondains s’emparent du phénomène. Le caftan devient synonyme de « Golden Glamour », comme en témoigne Diane Russell lors d’un défilé pour Oxfam. La richesse des broderies, évoquant des motifs de paons ou de jardins luxuriants ‘Ntaa et Mejboud’, fascine un public occidental.

Source : Aldershot News Fri, 10 Mar 1967
Cette immersion culturelle va jusqu’à l’acquisition de pièces cérémonielles. Les femmes du monde, telles Betty Ohrt ou les membres du Maxwell Officers Wives Club, arborent ces tenues lors d’événements thématiques, transformant leurs salons en ambassades éphémères du goût marocain. Le vêtement devient vecteur de dialogue, un moyen de briser la glace par l’exubérance du fil d’or et de la soie.

Source : Spokane Chronicle Mon, 28 Feb 1972 ·Page 10

Source : The Montgomery Advertiser Sun, 06 Dec 1970 ·Page 45 , The Montgomery Advertiser Sun, 06 Dec 1970 ·Page 45
Le Tournant Américain : De Hollywood à la 7ème Avenue
Au tournant des années soixante-dix, l’Amérique s’empare définitivement du mythe. Le caftan quitte les cercles initiés pour toucher le grand public via le prisme d’Hollywood et des grands designers new-yorkais. Loretta Young, icône du cinéma, pose avec une décontraction étudiée dans une création de Jean Louis, prouvant que le caftan est l’allié idéal du « lounging » chic.

Source : Loretta Young in a Moroccan kaftan by Jean Louis. , The Houston Post Thu, 11 Jan 1973 ·Page 30
L’examen des archives de la presse américaine de cette période révèle une fascination presque obsessionnelle pour le caftan, où le marketing de masse s’appropriait avec une ferveur décomplexée les codes de l’artisanat marocain.
La Caravane est arrivée
Ce qui frappe de prime abord dans les réclames de l’époque, c’est l’uniformité du langage publicitaire. Les départements marketing, de Miami à l’Illinois, semblaient s’être donné le mot pour vendre non pas une simple robe en coton, mais une épopée. Le terme « Caravan » revient comme une antienne, suggérant que ces pièces arrivaient tout droit d’un pays lointain, chargées de mystère, pour atterrir dans les rayons climatisés des department stores.
Chez Saks Fifth Avenue, l’une des institutions les plus vénérables du luxe américain, le ton était donné avec une emphase théâtrale. Le caftan marocain n’était pas vendu comme un vêtement d’intérieur, mais comme une « oasis de splendeur ».

Source : The Miami Herald Wed, 28 Jan 1976 ·Page 39
L’illustration, typique du trait de mode des années 70, allongé, évanescent, présente une femme sophistiquée tenant un masque, comme pour souligner le caractère théâtral de la tenue. Le texte promet que ce n’est « pas un mirage », mais bien une réalité en coton naturel brodé de beige. On y vend la sensation du « sirocco », transformant la cliente de banlieue en héroïne d’un roman d’aventures, capable d’affronter la chaleur avec une élégance impériale.
Cette rhétorique de la « caravane » se retrouve, presque mot pour mot, dans le Midwest. Les magasins Ackemann’s, annonçaient eux aussi l’arrivée de leur cargaison précieuse.

Source : The Herald Wed, 10 Mar 1976 ·Page 45
Ici, la proposition stylistique s’élargit. Si le caftan long reste la pièce maîtresse, on note l’apparition de l’ensemble tunique et pantalon, adapté à la vie active de la femme moderne. Le texte joue sur l’allitération et l’hyperbole : on promet à la cliente qu’elle sera la « rage of Rabat » (la coqueluche de Rabat) ou qu’elle aura boutonné son manteau avant d’atteindre Marrakech. C’est une géographie rêvée, une carte postale vestimentaire où l’authenticité des « points de dentelle » (lacy stitches) sert de caution à une production destinée au marché de masse.
L’Architecture du vêtement : Entre tradition et adaptation
L’engouement pour le caftan marocain ne reposait pas uniquement sur un vocabulaire exotique, mais sur une réelle appréciation de la coupe et du confort. Les croquis de l’époque montrent un souci du détail qui trahit une volonté de respecter, au moins en surface, l’architecture du vêtement traditionnel, tout en l’adaptant aux standards occidentaux du « sportswear ».
Sur la côte Ouest, le Los Angeles Times se faisait l’écho de cette tendance avec une précision technique notable.

Source : The Los Angeles Times Wed, 19 May 1976 ·Page 50
L’image est saisissante par son contraste. Au premier plan, une silhouette en caftan sombre à capuche rappelant davantage la jellaba masculine ou le burnous impose une allure presque mystique. Le texte parle de « poids plume » (whisperweight) et de « légendaires caftans marocains ». C’est ici que la fusion opère : le vêtement garde sa majesté structurelle (la capuche, les manches amples) mais s’allège pour devenir une tenue de loisir, ce que les Américains nomment le « Town and Travel Action Sportswear ». La broderie, décrite comme une « rançon » de travail manuel, devient l’argument de vente principal, justifiant des prix de 42 à 49 dollars, une somme non négligeable pour du prêt-à-porter de l’époque.
L’Événementialisation du « Vrai » Maroc
Si le caftan était omniprésent, certaines enseignes cherchaient à se distinguer par une aura d’authenticité supérieure. Il ne s’agissait plus seulement de vendre des vêtements, mais d’organiser des « happenings » culturels. Le grand magasin devenait un musée temporaire, et le vendeur, un ambassadeur culturel.
Dès 1972, le Charlotte Observer documentait cette approche plus élitiste et événementielle chez Ivey’s.

Source : The Charlotte Observer Fri, 03 Mar 1972 ·Page 6
Le soin apporté à la mise en page est révélateur : l’encadrement reprend les arcs outrepassés typiques de l’architecture du royaume du Maroc. Mais c’est la mention de « Mr. Ottavio Parisi, from Moroccan Fashions and Art, Ltd. » qui interpelle. Nous sommes ici face à une tentative de sceller un pacte de vérité avec la cliente : ce n’est pas un déguisement, c’est une pièce d’importation choisie par un connaisseur.

Source : Abilene Reporter-News Thu, 20 May 1976 ·Page 17
En 1976, « The Atlanta Constitution » titrait « Les modes copient le style traditionnel marocain », montrant comment les créateurs continuaient de s’abreuver à cette source pour leurs collections contemporaines. Le caftan n’est pas une pièce de musée ; il est une inspiration vivante.

C’est aussi l’ère où les designers américains, à l’instar d’Oscar de la Renta, intègrent cette fluidité dans leurs collections de printemps. Le vocabulaire de la mode s’enrichit : on parle de « pyjamas de soirée », de tuniques, de voiles. Le caftan marocain n’est plus une citation littérale, mais une influence diffuse qui assouplit la silhouette américaine.

Source : Express-News Wed, 03 Dec 1975 ·Page 33
L’acte d’achat lui-même devient une partie du voyage. Pour des femmes comme Mrs. Jack Rogers, ramener un caftan de Fès n’est pas anodin : c’est rapporter un fragment d’histoire, une preuve d’authenticité que la production de masse ne peut offrir.

Source : The Berkeley Gazette Sat, 08 Nov 1969 ·Page 10
À l’aube des années quatre-vingt, le caftan a réussi son pari : il est devenu intemporel. Il a influencé d’autres segments de la mode de manière significative. La créatrice Adele Simpson, par exemple, n’hésite pas à puiser dans les broderies traditionnelles d’un caftan pour orner… des hotpants. Ce grand écart stylistique prouve la versatilité incroyable de ces motifs séculaires.

Source : The Buffalo News Sat, 23 Dec 1978 ·Page 5
L’engouement pour le caftan marocain en Algérie
Cet article met en lumière un phénomène économique révélateur : l’Algérie importe presque deux fois plus de tenues traditionnelles marocaines qu’auparavant. Une hausse de 97 % qui traduit un engouement massif, particulièrement pour le caftan marocain, devenu un produit très recherché sur les marchés algériens. Cette augmentation n’est pas qu’une statistique : elle montre à quel point le savoir-faire marocain, ses broderies et ses coupes raffinées, s’imposent naturellement comme une référence auprès du public algérien.

Dans cet article publié en 2008, le journaliste décrit un véritable phénomène de mode : à Constantine, le caftan marocain fait un tabac. Couleurs, broderies, finesse du travail, tout séduit. Le texte insiste sur l’attrait irrésistible que ce vêtement exerce sur les femmes constantinoises, au point de devenir un symbole d’élégance incontournable lors des mariages et grandes cérémonies.

Dans un article publié par le journaliste algérien Kamel Shirazi pour Elaph (2008), celui-ci souligne l’immense engouement que connaît le caftan marocain en Algérie. Malgré son prix parfois élevé, ce vêtement continue de dominer la mode féminine algérienne. Sa coupe raffinée, ses tissus somptueux et son esthétique élégante lui permettent de rivaliser avec les robes et costumes turcs et les abayas importées du Golfe.
Selon Shirazi, les couturiers algériens ont vu leurs commandes exploser, notamment à l’occasion des mariages et des grandes célébrations, au point que certains se sont spécialisés exclusivement dans la confection ou l’importation de caftans marocains. À Alger comme à Constantine, des boutiques ont constaté une hausse spectaculaire de la demande, portée par les jeunes femmes qui recherchent un style distingué, scintillant et fortement inspiré des tendances marocaines actuelles.
Le journaliste rapporte aussi des témoignages de commerçants qui confirment que le caftan marocain est devenu, pour de nombreuses Algériennes, un incontournable du trousseau nuptial. Pour beaucoup, il représente désormais l’élégance suprême, surpassant les autres vêtements de cérémonie.

La présence du caftan marocain sur la scène internationale
Lors des grands concours de beauté comme Miss World ou Miss Univers, les représentantes du Maroc ont toujours mis en avant les tenues traditionnelles du pays : caftan, takchita, mansouria.
À travers leurs apparitions, elles ont montré au monde un patrimoine textile authentique, raffiné et profondément enraciné dans l’histoire du Maroc.

1964 – Miss World

Le Caftan Marocain, Choix des Icônes
Le XXe siècle fut le témoin d’une effervescence créative exceptionnelle, portée par des figures visionnaires telles que Zina Guessous (1925-1998), Tamy Tazi (1930), Zhor Sebti (1928), Naima Bennis (1940-2008) ou encore Aziz Lairini (1937-2015). Véritables architectes du vêtement, ces créateurs ont réussi le pari subtil de moderniser le caftan sans jamais en trahir l’essence. Leurs ateliers sont devenus des passages obligés pour l’élite mondiale, habillant les plus grandes figures de la diplomatie, de l’aristocratie et des arts. Aujourd’hui, leur héritage dépasse le cadre de la mode : leurs créations, témoins d’un savoir-faire inégalé, ont rejoint les collections de musées prestigieux, figeant pour l’éternité cette période faste du patrimoine marocain.







Sous la lumière des palais et des soirées fastueuses, le caftan marocain s’est imposé comme une œuvre vivante. Josephine Baker l’a porté comme une danse, Elizabeth Taylor comme un bijou, la princesse Béatrix des Pays-Bas comme un signe de majesté. George Sanders et Takis Emmanuel y ont trouvé une élégance rare, tandis qu’Irene Papas et Maria Callas l’ont embrassé comme une seconde peau de tragédie et de gloire. Cher l’a transformé en éclat de scène, Hilary Clinton et Ivanka Trump en symbole de distinction, et les princesses du Golfe en parure de prestige. Chaque étoffe raconte une histoire : celle d’un Maroc qui tisse la beauté, la dignité et l’art de séduire le monde.









Le caftan marocain ne se limite pas à une forme unique. Il se décline en une multitude de styles qui témoignent de la richesse de chaque région et de la variété des tissages.

Caftan de mariage marocain (1920) – Broderie khanjar
- Selon les étoffes et tissages : Le caftan Bahja, le Jawhara, le Khrib ou encore L’haj Omar et le Dunia Jat.
- Selon les styles et techniques : Le caftan Ntaâ, le prestigieux caftan Makhzani ou le caftan Mimouna.
- Selon les ancrages régionaux : Chaque ville et région possède sa propre signature.








C’est cette diversité précise qui fait la grandeur de cette tenue traditionnelle.
Le parcours du caftan, des cours sultaniennes aux capitales de la mode, est celui d’une élégance souveraine qui a su se réinventer sans jamais se trahir. Il demeure un vêtement chargé d’histoire, un témoignage vibrant de la virtuosité artisanale marocaine, et la preuve que la tradition, loin d’être un frein, est un formidable moteur de création.
Sources
- Hikayat Abi Qasim Baghdadi Tamimi » (XIe siècle)
- Cantigas de Santa Maria, XIIIᵉ siècle
- Luis del Mármol Carvajal (1573)
- Susan Penelope Rosse, 1682
- Michael Dahl and studio, 1724
- Georg Hjersing Høst 1769
- Marie-Joseph Blaise de Chénier (1787)
- St. Louis Globe-Democrat, “Morocco – Sleeping Beauty”, 18 novembre 1963
- The Atlanta Journal, “Caftan from Morocco”, 12 octobre 1964
- Aldershot News, “Golden Glamour”, 10 mars 1967
- Carlisle and Cumberland Journal, “Moroccan style celebration”, 22 mars 1968
- The Republican, “Mrs. Benhima in contemporary caftan”, 02 août 1968
- The Philadelphia Inquirer, Rubye Graham Fashion Editor, 27 août 1969
- Pittsburgh Post-Gazette, “Olga Bennett”, 24 octobre 1969
- The Berkeley Gazette, “Buying Caftans in Fez”, 08 novembre 1969
- The Montgomery Advertiser, “Fete Internationale”, 06 décembre 1970
- Spokane Chronicle, “Ceremonial Caftan”, 28 février 1972
- The Charlotte Observer, “Ivey’s Special Showing”, 03 mars 1972
- The Houston Post, “Loretta Young in Moroccan kaftan”, 11 janvier 1973
- The Miami Herald, “Saks Fifth Avenue Advertisement”, 28 janvier 1976
- The Herald, “Ackemann’s Advertisement”, 10 mars 1976
- The Los Angeles Times, “Bullock’s Advertisement”, 19 mai 1976
- Express-News, “Keeping up with Oscar”, 03 décembre 1975
- The Buffalo News, “Decorative Embroidery”, 23 décembre 1978
- Santa Barbara News-Press, “Donna Bear in Moroccan costume”, 30 octobre 1949
- The Cincinnati Post, “Authentic Caftan”, 25 octobre 1966
- The Bangor Daily News, “Guest from Morocco”, 01 novembre 1963
- The Central New Jersey Home News, “Ambassador’s Wife”, 13 janvier 1967
- The Indianapolis News, “Moroccan Meal”, 11 juillet 1979
- The Saginaw News, “Courtly Diplomacy”, 14 mars 1971
- The Montreal Star, “Expo 67 Fashions”, 01 juin 1967
- The Salt Lake Tribune, “The Weavings of Morocco”, 18 septembre 1983
- Tampa Bay Times, “White House Dinner”, 19 février 1967
- Chicago Tribune, “Fashion Sketch”, 02 septembre 1968
- The Morning Union, “Evening in Morocco”, 19 septembre 1966
- The Morning Union, “Moroccan Booth”, 02 novembre 1958
- Evening Standard, “Moroccan Fortnight at Barkers”, 20 avril 1967
- The Oregon Daily Journal, “Wealthy Moroccan Style”, 09 février 1953
- The Montreal Star, “Miss Rosanna Seaborn”, 19 janvier 1957
- The Times-Transcript, “Trade Fair Secretary”, 02 août 1950
- Spokane Chronicle, “Missionary Reenactment”, 17 novembre 1961
- Transcript-Telegram, “Officers’ Wives Club”, 22 octobre 1958
- Abilene Reporter-News, “Trousseau Gift”, 20 octobre 1960
- Abilene Reporter-News, “Around Summer”, 20 mai 1976
- Tampa Bay Times, “Hand-sewn Robe”, 24 septembre 1968
- Lexington Herald-Leader, “Mme Benhima Design”, 23 décembre 1970
- Fort Worth Star-Telegram, “News Talk”, 05 décembre 1960
- Courier-Post, “The High Fashion Caftan”, 27 juin 1967
- Elaph 2008
- Expressiondz.com 2008
- Algerie-Eco.com