Le Caftan Ntaâ intègre les collections du Musée d’Art Africain de Belgrade

À Belgrade, le Musée d’Art Africain a récemment enrichi son fonds patrimonial par l’acquisition d’un caftan marocain traditionnel de type Ntaâ. Ce don, réalisé lors de la journée du Durbar, a été initié par les créateurs Yassine L’bacha et Abdelmouttalib Belkheyat. Le projet a pu aboutir grâce au travail de l’Association Amitié serbo-marocaine, présidée par Madame Zade Nikolic, et au soutien de l’ambassade du Maroc à Belgrade. La pièce textile rejoint ainsi une collection de référence dédiée à la préservation et à l’exposition d’artefacts du continent africain en Europe de l’Est.

Une démarche de préservation textile

En marge d’un défilé organisé dans la capitale serbe, Yassine L’bacha et Abdelmouttalib Belkheyat ont présenté une sélection de pièces d’artisanat vestimentaire. La collection exposée comprenait des modèles authentiques tels que Ntaâ, Khrib, Haj Omar et diverses variantes de Tekchitas et Mansourias.

Belgrade – Serbie – 2026

Les organisateurs voulaient mettre en avant des vêtements réalisés avec des techniques anciennes de coupe et de broderie.

Intégration muséale et diplomatie culturelle

La présentation s’est conclue par la cérémonie officielle de remise à l’institution belgradoise, en présence de l’ambassadeur du Maroc en Serbie, Omar Amghar, de Zade Nikolic, ainsi que de plusieurs membres du corps diplomatique.

Cet échange matériel s’inscrit dans un axe de rapprochement bilatéral entre Rabat et Belgrade, utilisant le patrimoine textile comme vecteur d’interaction entre les deux nations.

UNESCO : Le Caftan marocain : art, traditions et savoir-faire

D’un point de vue anthropologique et patrimonial, le caftan fait l’objet d’une inscription à l’Unesco. Le dossier de candidature, intitulé « Le Caftan marocain : art, traditions et savoir-faire », documente de manière détaillée la chaîne opératoire de cette pièce. L’institution onusienne y sanctuarise les savoir-faire techniques, notamment la coupe, la broderie et la passementerie, ainsi que les modes de transmission socioprofessionnels propres aux artisans, assurant la sauvegarde de cette mémoire matérielle.

Documentation de la broderie à l’or

La technique de broderie au fil d’or, caractéristique du Ntaâ, s’appuie sur une tradition documentée depuis plusieurs siècles. Le manuscrit « Hikayat Abi Qasim Baghdadi Tamimi » mentionne cette technique au 11e siècle par « Anta Mudhahhaba Maghribia », désignant des textiles brodés d’or marocains.

Ces écrits ont été traduits et analysés en 1951 par l’Université du Michigan dans la revue Ars Islamica, confirmant l’ancienneté de la spécialisation des artisans marocains dans la manipulation de ce fil.

Analyse géométrique et structurelle

En 1937, Theodore Milton Dillaway a publié une étude sous l’égide de la National Art Education Association aux États-Unis, détaillant la structure des broderies marocaines (vase et paon). Ses recherches identifient une composition symétrique autour d’un axe central, soutenue par une palette de couleurs choisie pour marquer les délimitations géométriques des motifs.

L’artisan élabore son motif par des lignes angulaires à quarante-cinq degrés, créant un équilibre visuel entre le vase central et les paires de paons disposées de part et d’autre, le tout unifié par des motifs d’arbres stylisés.

La méthodologie de Dillaway fournit une grille d’analyse technique qui reste appliquée pour l’étude des productions issues des ateliers de confection.

Continuité d’une production artisanale

Aujourd’hui, les artisans du textile marocain continuent de fabriquer cet habit en respectant les mêmes principes géométriques transmis depuis plusieurs siècles. L’ajout de la pièce au catalogue du musée serbe documente l’état actuel de ce savoir-faire technique, assurant sa conservation dans un cadre institutionnel européen.

Sources et Références

  • Al-Azdî, Abu al-Mutahhar (XIe siècle). Hikayat Abi Qasim Baghdadi Tamimi. Manuscrit détaillant les métiers urbains de l’époque et citant la production des textiles brodés d’or.
  • L’Africain, Jean-Léon (1556). Description de l’Afrique. Éditions temporelles de Lyon. Chapitres consacrés à l’organisation des corporations de tailleurs et tisserands de la ville de Fès.
  • Del Mármol Carvajal, Luis (1573). Descripción general de África. Imprimerie de Grenade. Registres documentant le travail de la soie et du fil d’or dans les manufactures d’Afrique du Nord.
  • Défilé de caftan marocain à Belgrade 2026
Retour en haut