Nœud d’amour : origines

Dans le Glossaire archéologique du Moyen Âge et de la Renaissance de Victor Gay et Henri Stein, le « nœud d’amour » — ou « lacs d’amour » — est défini comme un entrelacs de boucles en forme de rosette, motif présent dans la parure et l’ornementation bien avant l’époque contemporaine : en 1388, il surmonte déjà le fretel d’un gobelet d’or émaillé offert aux ducs de Bourgogne ; en 1599, il décore un manteau de satin en passementerie de soie et d’argent ; en 1605 et 1613, on le retrouve sur des lacets et cordons dans la mode vestimentaire. Autrement dit, le « nœud » n’est pas une invention du bijou moderne, mais un vocabulaire décoratif médiéval et renaissant qui circule dans toute l’Europe.

Plus ancien encore, l’Histoire du mobilier d’Albert Jacquemart (1876) rattache explicitement les « nœuds d’amour » aux bijoux antiques : nœuds d’or massif alternant avec des cylindres d’émeraude d’Égypte. Cette mention est capitale : elle place l’origine formelle de ces nœuds dans une tradition égyptienne antique, reprise et adaptée au fil des siècles dans la joaillerie romaine puis européenne.

Par Albert JACQUEMART, Henry BARBET DE JOUY, Jules-Ferdinand Jacquemart · 1876

Auguste Racinet, dans Le Costume historique (1888), confirme la diffusion du motif dans l’Europe du XVIᵉ siècle, jusque dans la passementerie et les lacets de chaussure, preuve qu’il ne se limite pas aux colliers mais participe à un langage décoratif partagé dans la mode et les accessoires.

Racinet · 1888

Au XVIIIᵉ siècle, Le Partage de la Pologne (1762) atteste déjà le terme en français dans un contexte aristocratique, preuve que l’expression est vivante dans la langue et la culture bien avant les récits contemporains. Au XIXᵉ siècle, Racinet documente la diffusion du motif dans l’Europe du XVIᵉ, jusque dans les cordons de chaussure, confirmant que son usage dépasse largement la bijouterie et touche la mode dans son ensemble.

Gotlieb Pansmouzer · 1762

Mis bout à bout, ces jalons — 1388, 1599, 1605, 1613, 1762, 1876 — composent une chronologie incontestable : le collier nœud d’amour n’est pas né au XXIᵉ siècle dans un terroir unique. C’est un dessin ancien, voyageur, et pluriel, qui relie l’Égypte antique, l’orfèvrerie romaine, la mode médiévale et renaissance, les ateliers européens du XIXᵉ, et les musées où ces pièces sont encore conservées.

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